Elias - 7
Elias se frayait un chemin entre les feuilles mortes, son bâton tâtant le terrain pour soutenir au mieux son poids. Les cailloux inégaux et les mousses le poussaient à faire de nombreux virages pour éviter les fortes pentes, craignant de chuter. Après quelques dizaines de mètres, il prenait appui sur un tronc de chêne ou de saule, relâchait sa main tenant son bâton et prenait quelques profondes inspirations avant de repartir. Les branches au-dessus de lui offraient une pénombre rassurante, à l’abri des nuages vigoureux. Le vent sifflait en rythmes saccadés entre les feuillus. Dans cette agitation sonore, Elias prêtait une oreille attentive aux craquements qui signaleraient l’approche d’un animal. C’est pourtant son odorat qui le saisit.
D’abord fine, puis plus forte à chaque pas : une odeur de soufre. Sans aucun doute, et devenant dérangeante. S’arrêtant pour décider de la direction à prendre, il sentit le gaz lui irriter la gorge. Pas question de continuer tout droit. Anna lui avait répété quelques indications des voyageuses quant à la manière de traverser le plateau, mais il ne se souvenait pas d’indication particulière sur ce lac. Il avait retenu qu’il devait passer par le sud pour éviter l’usine, mais il avait espéré tout de même récupérer de l’eau par ici. La présence de saules lui garantissaient bien qu’il y en avait, mais leur résistance aux pollutions n’en indiquait pas la qualité.
Il reprit sa marche sur la droite et s’écarta assez pour ne plus ressentir les démangeaisons dans ses bronches. Il irait au sud et ferait le tour du lac à une distance raisonnable. Alors qu’il avançait sur ce tapis de feuilles et branchages, ses chances de trouver la communauté accueillante dont on lui avait parlé lui parurent maigres. Du soufre. Si c’était bien ce lac qui dégageait une odeur toxique, personne ne pourrait vivre sur ses bords et se nourrir de son eau. Une boule naquit dans sa poitrine, suivie d’un frisson qui parcouru sa peau. Il était parti en sachant que ce pourrait être dangereux, mais ne pensait pas que son voyage pourrait s’arrêter si vite. Il était à sec et ne pouvait pas se permettre de retraverser le plateau craquelé ; sa ruée avec l’errante à ses trousses était encore vive et son genou abîmé n’accepterait plus de fuir. Il sentit sa bouche pâteuse tout à coup, et ses muscles fatigués. Continuer, pourtant, un pied devant l’autre, s’arrêter serait abandonner. Il avait espéré pouvoir trouver mieux que ces lieux ravagés.
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